Privilège masculin, Déraillements de la Discussion et la Politique de la Politesse

Translation by Christophe Hendrickx. See more French translations of critical vegan essays by grassroots activists by visiting his blog, La Pilule Rouge. The original English version of this essay can be found by clicking here.

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J’ai eu une conversation hier avec un collègue qui soutient la violence et les réformes de bien-être dans la lutte pour les droits des Animaux Non-humains. En tant qu’abolitionniste, je rejette ces tactiques, étant non seulement bancales idéologiquement mais contreproductives. Les débats violence/non-violence et abolition/bien-être ont une longue histoire derrière eux dans le mouvement, et les débats sur leur efficacité n’en finissent pas. De par ma spécialisation dans la théorie du mouvement social développée durant ma vie universitaire, j’ai un avis plutôt forgé sur ce genre de sujets. Mon collègue, cependant, n’est pas universitaire et n’est pas versé dans la science des mouvements sociaux, basant sa position sur le discours dominant (dirigé par les hommes) du mouvement. Au fil de la discussion et vu que je maintenais fermement ma position sur le sujet, mon collègue a fait remarquer qu’il ne pensait plus pouvoir me parler sans être au final accusé de sexisme. C’était peut-être parce que j’utilisais le langage du privilège pour discuter de la domination des organisations welfaristes dans le mouvement, ou peut-être parce que j’ai fait remarquer que les tactiques violentes sont patriarcales et tendent à attirer les hommes. Peu importe la raison, on me pointait du doigt pour avoir communiqué ma position dans le cadre de l’inégalité. Je ne l’ai certainement jamais accusé de sexisme. Cependant, il m’est vite venu à l’esprit que mon collègue n’avait pas formulé cette affirmation suite à une véritable exaspération, mais plutôt comme outil de manipulation visant à faire dérailler la discussion et rétablir la suprématie masculine.

Les hommes tendent à être socialisés à s’attendre à dominer le débat. Ils sont socialisés à croire qu’ils ont raison, que leur opinion importe, et que cette opinion est la plus importante. Ce n’est pas basé sur l’expérience ou sur la connaissance, mais plutôt sur leur statut social privilégié en tant qu’homme. Les femmes, à l’inverse, sont socialisées selon la politique de la politesse. On nous apprend à donner plus d’espace de parole aux hommes, à estimer leurs opinions peu importe leur ridicule ou leur offense, pour apaiser leurs égos, etc.. Des décennies de recherches sociologiques sur la discussion, le langage, et l’espace social concernant les interactions mixtes ont confirmé que les hommes parlent plus, ils occupent plus d’espace, ils dictent la discussion, et leurs opinions sont vues comme plus crédibles et légitimes. Les femmes, au contraire, parlent moins, soutiennent plus, et occupent moins d’espace. Leurs opinions sont également extrêmement dévaluées.

Lorsque les homes se plaignent de ne pas pouvoir dire quoi que ce soit sans être accusés de sexisme, voici ce qu’ils disent réellement :

1. Je suis habitué à avoir le contrôle de la conversation, votre conscience de la politique sexuelle rend cela difficile pour moi d’adopter ce privilège invisible en douceur.

2. Je suis habitué à pouvoir parler de n’importe quel sujet sans qu’on remette en question mon autorité, la possibilité qu’on m’accuse de sexisme interfère avec mon autorité.

3. J’utilise la politique de la politesse pour vous confondre à donner priorité à mes sentiments et intérêts.

4. La théorie féministe est une charade. Le sexisme n’est pas réel, vous utilisez juste cette rhétorique pour gagner le débat.

Cette tactique est une variante de la “tone-policing” (ndt : littéralement “police du ton” : se concentrer sur la manière dont on dit quelque chose, peu importe qu’elle soit vraie ou non). Plutôt que se concentrer sur l’argument développé, un déraillement est créé en invoquant l’égo masculin meurtri, le caractère de la femme, et l’authenticité du féminisme. Les femmes sont détournées d’un sujet sur lequel elles peuvent exprimer leur propre autorité lorsque les hommes exploitent la féminité et font pression sur les femmes pour qu’elles montrent du respect à la structure sociale patriarcale. La validité de mon argument se trouve mise sur le côté, je dois d’abord m’occuper de ses sentiments. Ne pas s’occuper d’abord des sentiments des hommes est un pêché capital dans le patriarcat. Être une femme avec une opinion éclairée semble également être une grande offense.

Enfin, il est extrêmement important de reconnaître que lorsque nous individualisons l’oppression, nous obscurcissons sa nature systémique. Si nous ne pouvons pas débattre d’oppression systémique parce que les gens de privilège donnent priorité à leur inconfort pour ce qui semble être une attaque personnelle, nous ne pourrons pas avoir les discussions importantes nécessaires pour créer une société égalitaire. En faire une question personnelle (“Hey, je ne suis pas sexiste !”; “Hey, tu dis que je suis un raciste ?!”) fait sérieusement dérailler la conversation. Au lieu de remettre en question l’oppression culturelle, les militantes se voient amenées à s’occuper des sentiments de personnes de privilège qui sont habituées à être à l’abri de l’inconfort. Cela devient extrêmement pénible pour les personnes oppressées de devoir se plier en permanence aux sentiments des personnes privilégiées. Faire cela redirige l’attention des oppressés vers les oppresseurs. Cela ferme également le dialogue, interfère avec la pensée critique, et entrave le travail de justice sociale.

 


Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.

Minding Our Language

Content Warning: Discusses sexist, racist, ableist, and heterosexist language.
Not Safe For Work: Some offensive words are presented.

Reads, "It doesn't mean what you think it means!" Picture of a fedora

By Corey Lee Wrenn, M.S., A.B.D., Ph.D.


Language is a process that we begin to learn as children, but continue to refine as adults. Social justice advocates in particular are constantly reevaluating our language with the understanding that words are embedded in power structures. We can disrupt oppression by rejecting particular words or labels. We can create our own power in creating alternatives.

In my own case, this reevaluation began at sixteen.  My friend told me that when I said, “That’s so gay,” it was hurtful to him.  I stopped using it right then and there.  When I got a little older, I realized what “That’s retarded” really meant: “This is so silly and ignorant it’s the equivalent of something that someone with an intellectual disability might say or do.”  I stopped saying it.  When I went vegan, I realized that calling people “chicken,” “cow,” “scaredy cat,” “rat,” etc. used Nonhuman Animals as objects of insult.  I’ve started cutting back (I’m still a work in progress!). In my late 20s, as I started to find my feminist voice, I began to realize that “bitch” was no longer so easily articulated. It now makes me cringe. Fortunately, the “N word” has never crossed my lips.

PSA that lists a number of words that can replace the use of "retarded"

Is this political correctness run amuck? Why do activists care so much?

Derogatory language has the power to uphold inequality.  A lot of this language is either used by folks who are fully aware of the hurt behind it, or folks who are honestly unaware and have never stopped to consider the meaning of their words. Admittedly, the hold that language has over our brain makes it very difficult to eradicate many words, even when we are aware and want to change.  Fair enough.  However, when someone is presented with the reality of that hurt and the logic behind oppressive language, and they continue to dig their heels in, then we should find this problematic.  At this point, it is no longer about ignorance. It’s about privilege.

When I was visiting Scotland in 2012, my activist colleagues there had an ugly habit of calling any person they didn’t like a “twat.”  After about the 100th time of hearing it, I finally said something. I explained that they were using a crass word for my genitalia as an insult.  Basically being a female is lower; if they think something is bad, they insult it by calling it female.  As punishment for making this objection, I was dragged into a 20 minute debate. It was me, the female-identified visitor, pitted against two British adult men who were convinced if they just explained to me what the word “really means” and that it “really means” nothing at all, it’s just something they say all the time, it’s always been that way, etc., then I’ll suddenly give up and realize the word isn’t sexist. And after all, don’t we use “dick” as an insult?  The “men, too” argument is a common one that falsely imagines a post-gender utopia where men and women are represented equally and fairly.

Large bearded man, reads, "Excuse me miss, my eyes are up here"

In another example, an administrator for a Nonhuman Animal rights organization Vegans for Reason and Science adamantly defended the use of “stupid,” “insane,” “loons,” etc. as valid insults.  I asked if they would ever use “faggot” or “gay” as an insult, they said absolutely not, and they would call it out if they ever heard it.  I asked what was so different about using ableist language as slurs? Well, I was reading their words too literally, they explained.

The vulnerable groups in each situation may have varied, but there was one similarity between the people defending this language:  their privilege.  For the most part, I was up against men who were middle class, heterosexual, cis-gendered, non-disabled, and white-identified.  This is the demographic that is granted the ability to create language and define meaning. Power is manifested and replicated through the construction of meaning and the validation (or invalidation) of others’ existence and their social worth.

People with privilege should not get to decide what language is or is not hurtful to vulnerable people.  It shouldn’t matter how many gay friends or close female friends or sisters they have, or how long they’ve used the words, or how “figurative” they are meant to be.  If someone in a disadvantaged position says they hurt, stop using them. These words are a product of ongoing discrimination and violence. Even if we do not condone the political meaning of these words, we have a responsibility not to be an active participant in the oppression of others.

Avoid using the identity of oppressed groups as an insult.  There are about 171,000 words in the English Language; it won’t be a major inconvenience to retire a few.  I recognize that these words are habitualized and continuously reinforced by our peers and pop culture, but we can do better if we try.

 

Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.