Des Femmes Riant Seules Avec des Salades

Translation by Hypathia: Feminist and Anti-Speciesist Blog. The original English version of this essay can be found by clicking here.

Woman eating outdoors

Vous les avez vues des centaines de fois. Vous savez, la dame croquant dans une salade, les yeux brillants. Tête rejetée en arrière avec une jubilation hystérique, elle est surprise par le glorieux mélange de végétaux qui agrémentent son assiette. Le tract promotionnel de votre coopérative locale d’alimentation naturelle en est orné. Le site web de votre chaîne d’épicerie les utilise. Ainsi que les affiches sur les murs de la salle d’attente de votre médecin. Des tonnes d’organisations véganes les utilisent. Zut, je parie que si je vérifie bien, j’en ai probablement montré une pour illustrer un des billets de ce blog au moins une fois.

Des stocks de femmes… assises seules… avec une salade tellement hilarante, qu’elles ne peuvent s’empêcher d’exploser de rire et de délice.

L’absurdité de ces images a attiré l’attention d’Internet, avec pour résultat des imitations: une page Tumblr, et même une pièce de théâtre.

Manger une salade n’est pas particulièrement drôle. Ça induit rarement l’extase. Habituellement, c’est plutôt une expérience difficile consistant à introduire maladroitement des feuilles de laitue ans votre bouche. C’est souvent insatisfaisant : trop ou pas assez d’assaisonnement. En réalité, vous craignez qu’un bout de laitue reste coincé entre vos dents, et ça vous empêche de sourire d’une oreille à l’autre entre chaque bouchée. En général, manger de la salade est une activité ennuyeuse et ordinaire.

Quand votre salade n’arrête pas de faire des plaisanteries:

Collection of stock photos showing women laughing while they eat a salad

Mais manger de la salade est une activité de femme, et comme telle, elle doit être accomplie de façon à raconter une histoire particulière qui a une fonction quand on l’observe et la documente.

La théorie féministe végane nous dit que la nourriture -ce que nous mangeons et comment nous le mangeons- est fermement enracinée dans des normes de genre. La consommation de légumes (avec la salade comme omniprésent cliché) est un comportement hautement féminisé. Les codes publicitaires genrés montrent aussi de façon régulière une hyper émotivité chez les femmes. D’où découle qu’elles y sont portraiturées avec des réponses émotionnelles extrêmes et inappropriées. Ces représentations ajoutent l’émotivité, l’infantilité et l’immaturité, à l’habituelle compréhension culturelle de la féminité. Ces images renforcent le statut de subordination des femmes. Apparier des femmes hyper-émotives avec des nourritures hyper-féminisées compose une parfaite iconographie sexiste.

Man about to eat a forkfull of salad, smiles softly to camera

Bien sûr, on m’a opposé l’inévitable argument “les hommes aussi”. Vrai, on nous montre des hommes s’excitant légèrement avec des salades, mais soyons honnêtes, ils sont moins fréquemment dépeints riant la tête rejetée en arrière, en sous-vêtements ou enceint.es ! La frivolité genrée de la consommation de salades est terriblement une affaire de femmes.

Woman laying on bed in white underwear eating a salad

Quand on nous montrera des hommes -scénario improbable- mangeant une salade, prostrés dans un lit, en string blanc, alors, OK, on en reparle.

 


Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.