Héganisme: Le Véganisme pour Hommes!

Essay and translation by Hypathia: Feminist and Anti-Speciesist Blog. The original English version of the embedded essay can be found by clicking here.

Le mot “héganisme” n’est pas arrivé en France me direz-vous. Quoique. On est fins prêts en tous cas. Mardi 16 février 2016, France 5 diffusait “Un monde sans viande” plutôt prometteur. Sauf que. C’est parti en couilles dès les premières cinq minutes. Le documentariste est allé s’acheter un steak végétal chez Sojasun (lien non sponsorisé, même si c’est un voisin de Noyal Sur Vilaine) et en a fait l’analyse. Ce steak végétal est à base de soja, sorte de haricot, donc une légumineuse très protéinée, mais qui a la réputation de contenir des isoflavones, un ersatz végétal d’hormones femelles. Bon pour les femmes de plus de 50 ans, mais mauvaises, très mauvaises pour les hommes et les enfants prépubères et même pubères, dixit le journaliste ! Nous y voilà: le steak de soja est soupçonné de déviriliser les hommes. S’en est suivie une pénible bataille de chiffres et de milligrammes entre une diététicienne défenseuse des couilles des mecs, et la Cheffe de produit de Sojasun qui défend elle son produit et dit que, pas du tout, son steak de soja contient moins d’isoflavones que le prétend la diététicienne. Après le film, durant le débat, le médecin pro-viande a affirmé que les isoflavones sont inoffensives et même plutôt bonnes pour la santé. Mais le mal était fait, à mon avis. Le végétarisme et le véganisme sont perçus comme une menace pour la virilité, comme l’explique Corey Wrenn sur son blog Vegan Feminist Network, dont je vous propose cette semaine la traduction du billet:

Man with big lettuce leaf hanging out of mouth

Crédit photo: Salon – Forget vegan, he’s hegan (en anglais)

What is Heganism?

Héganisme. Oui, c’est bien quelque chose. C’est le véganisme… pour les hommes. “Héganisme” réfère généralement au “rebranding,” à donner une autre image de marque aux traditionnels concepts véganes, afin qu’ils conviennent à la consommation masculine. Mais pourquoi ?

Le mouvement végane est truffé de 101 variations différentes du véganisme, toutes avec la même intention: vendre et faire rentrer des cotisations. C’est le marketing des associations demandant à ses équipes “comment pouvons-nous nous démarquer sur cette tendance? Comment pouvons-nous nous distinguer du reste des autres? Comment pouvons-nous les faire acheter ici et pas ailleurs? Les distinctions de genre servent généralement les intérêts capitalistes et ils le font en maintenant les différences et les inégalités. Spécialiser les produits par genre suppose que les ménages ne doivent plus se contenter d’un seul produit qui peut être partagé (et les produits destinés aux femmes coûtent souvent plus cher). Le produit bleu et industriel pour lui, le produit rose fleuri (plus cher) pour elle.

Genrer est aussi l’occasion d’ouvrir un plus large marché aux produits. Le stigmate féminin est enlevé, ainsi les hommes peuvent les consommer plus confortablement ; mais ce faisant le stigmate ne disparaît pas, il est seulement renforcé. Comme pour “Guy-et,”1 Dr Pepper10 et la lotion Dove men care (pour hommes), genrer le véganisme travaille à protéger la masculinité en ostracisant, en renvoyant à l’altérité ce qui est féminin. Qu’est ce qu’il y a de mal à faire un régime, boire du soda sans sucre, ou manger végane? C’est que ce sont les stéréotypes de ce que les femmes sont censées faire, et les femmes sont le groupe le plus détesté et le plus dévalorisé de la société. Pour que les hommes y participent, il faut enlever le stigmate féminin en créant une alternative “masculine”.

A father and son in a sea of fruit and vegetables, only their faces are peaking out

Faire venir plus d’hommes au véganisme est important pour la santé du mouvement végane et pour la santé des garçons et des hommes -la plupart ne consommant pas assez de fruits et légumes. Mais l’inclusion des hommes ne doit pas se faire aux dépens des droits des femmes. Crédit photo: The Advertiser.

La masculinité est largement définie par ce qu’elle n’est pas-et elle n’est pas féminine. Cela marche de la même façon avec le spécisme:2 nous définissons l’humanité comme n’étant pas animale, et donc l’humanité est supérieure par comparaison. On pense aussi qu’elle est l’une des racines de l’hétéro-sexisme : la masculinité est définie par l’ostracisation de ce qui est féminin. En d’autres termes, différencier les personnes en groupes et les placer dans une hiérarchie qui soutient ces différences nourrit une discrimination structurelle. La distinction huile les roues de l’oppression.

PETA ad showing a nude woman laying on a giant bunch of broccoli; reads, "EAT YOUR VEGGIES"

Dans mon livre, A Rational Approach to Animal Rights, j’explore le thème du nouveau packaging des espaces véganes. Parce que le véganisme est tellement féminisé, il est considéré comme une menace pour le patriarcat et donc dévalorisé. En réaction, les organisations qui le défendent adoptent le langage du patriarcat pour mieux “vendre” le véganisme. Au lieu de rester ferme sur une opposition féministe radicale à l’oppression patriarcale, les véganes refont l’emballage du véganisme en le présentant comme “sexy” et montrent les femmes comme objets destinés à la consommation des hommes. PETA est probablement la plus détestable association à cet égard, et sa position dominante dans le mouvement signifie qu’elle influence une norme de protestation pornographique. Les femmes véganes ne sont plus facteures de changement, elles sont juste un autre goût “exotique” destinée à être servi sur un plateau au patriarcaux. Ce Tumblr “Galerie hégan” en est littéralement un exemple : les images sont inspirées de la pornographie.

Il y a un réel danger à aggraver les attitudes sexistes dans l’activisme pour les droits des animaux non humains. Le mot “Héganisme” est inutile et insultant. Est-ce qu’un espace végane féminin est si répugnant que les hommes doivent s’en dégager et occuper un espace séparé pour y participer? Si oui, nous devons remplacer et réévaluer notre approche. Aussi longtemps que le mouvement soutiendra la haine des femmes, il ne peut pas raisonnablement attendre de son public qu’il arrête de haïr les animaux non humains.

Le héganisme est une tactique qui se sabote elle-même. Si les activistes soutiennent la notion que le véganisme est “juste pour les femmes” et que les hommes seront stigmatisés s’ils y participent sans la façade de la masculinité pour les protéger, cela rend un mauvais service au mouvement. Au lieu de s’accommoder du patriarcat et du capitalisme pour être entendu.es, les activistes doivent au contraire incorporer une approche féministe à l’antispécisme. De cette façon, tous les intérêts sont pris en compte et un groupe ne sera pas diminué ou exclu au bénéfice d’un autre. Les capitalistes vont inévitablement argumenter que genrer le véganisme c’est simplement nourrir le marché, mais ils créent simplement un marché de cette sorte : “LEGO se résout finalement à créer des jouets pour les filles” (en anglais chez Feminist Frequency). Un marché basé sur l’oppression, un marché qui fonctionne sur des groupes divisés selon la ligne pouvoir contre impuissance, et ce ne sera pas un espace conduisant à la libération.”


Dr Corey Wrenn est professeure de sociologie, membre de l’Association Sociologique américaine, section Animal et Société. Elle anime le blog Vegan Feminist Network.

Notes:
1. “Guy-et” : jeu de mot intraduisible en français formé de “diet”: régime, et de guy : mec, soit régime pour mec.
2. Le spécisme est un préjugé, une attitude ou un biais envers les intérêts des membres de notre propre espèce, contre les membres des autres espèces. J’ai préféré le mot francisé épicène végane à l’anglais vegan, -ce sont eux qui ont inventé le mot. En français on peut aussi écrire végétalien.

Edit: Le documentaire de France 5 comportait aussi une visite dans les laboratoires de Beyond Meat, une corporation étasunienne qui tente de cultiver le la viande en éprouvette, un autre cauchemar carniste ; en attendant l’avènement de la viande de culture, leurs steaks végétaux sont fait pour donner le change, oubliant qu’on ne devient pas forcément végéta*ien pour manger des substituts de viande, sauf si on craint de mettre à mal virilité des hommes ? On n’en sort pas.

whyveganism.com

Des Hommes Rongeant des Steaks

Translation by Hypathia: Feminist and Anti-Speciesist Blog. The original English version of this essay can be found by clicking here.
Man in a suit sits in front of a plate with a raw steak, knife and fork poised in his fists on the table

A la suite de mon essai “Des femmes riant seules avec des salades “, un collègue curieux google-ise ce qu’on pourrait considérer comme le contraire : des hommes mangeant des steaks. Ce qu’il a trouvé, et qui s’est trouvé confirmé lors de mes propres recherches d’images sur Google, est le thème répétitif  d’hommes s’agaçant les dents sur une grosse tranche de viande, souvent avec la fourchette et le couteau fermement plantés de chaque côté de leur assiette.

Man gnawing on raw steak

Le message primordial envoyé par ces images semble être ” JE SUIS UN HOMME ; L’HOMME A BESOIN DE VIANDE “. Ses poings bien alignés et leur prise ferme sur les ustensiles sont des codes genrés communs, présentant les hommes aux commandes et au contrôle de leur environnement.

De façon intéressante, les steaks sont presque toujours montrés crus. L’intention vraisemblable est de montrer la consommation de chair crue par les hommes (un comportement anti-naturel) comme naturelle. Le fait est souligné par l’abondance de photographies qui montrent des hommes consommant le steak directement sans l’aide de couverts, rongeant la chair comme s’ils étaient une espèce carnivore non humaine. A contrario, quand je cherche des images de femmes mangeant des steaks, à maintes reprises, elles sont aux prises avec de la viande crue positionnée au-dessus de leur tête, l’air accablé -personne ne mange la tête à la renverse. Ceci suggère aussi la soumission, une soumission souvent sexualisée à travers leur pose et leur nudité. Quand elles ont des couverts, elles sont davantage montrées les utilisant de manière faible ou peu sûre.

Woman Eating Steak

Par dessus tout, les images de femmes mangeant des steaks sont moins nombreuses, car la notion est contraire aux normes de genre. Quand on en trouve, il est clair que la hiérarchie des genres doit être préservée en démontrant que la consommation de chair (un acte de domination et de pouvoir) est moins naturelle et plus maladroite chez les femmes.

Women Cutting Steak

La viande est un symbole de masculinité. Donc, les hommes interagissent avec la viande pour démontrer leurs prouesses, les femmes interagissent avec la viande pour démontrer leur soumission.


Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is a Lecturer of Sociology with Monmouth University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.

Des Femmes Riant Seules Avec des Salades

Translation by Hypathia: Feminist and Anti-Speciesist Blog. The original English version of this essay can be found by clicking here.

Woman eating outdoors

Vous les avez vues des centaines de fois. Vous savez, la dame croquant dans une salade, les yeux brillants. Tête rejetée en arrière avec une jubilation hystérique, elle est surprise par le glorieux mélange de végétaux qui agrémentent son assiette. Le tract promotionnel de votre coopérative locale d’alimentation naturelle en est orné. Le site web de votre chaîne d’épicerie les utilise. Ainsi que les affiches sur les murs de la salle d’attente de votre médecin. Des tonnes d’organisations véganes les utilisent. Zut, je parie que si je vérifie bien, j’en ai probablement montré une pour illustrer un des billets de ce blog au moins une fois.

Des stocks de femmes… assises seules… avec une salade tellement hilarante, qu’elles ne peuvent s’empêcher d’exploser de rire et de délice.

L’absurdité de ces images a attiré l’attention d’Internet, avec pour résultat des imitations: une page Tumblr, et même une pièce de théâtre.

Manger une salade n’est pas particulièrement drôle. Ça induit rarement l’extase. Habituellement, c’est plutôt une expérience difficile consistant à introduire maladroitement des feuilles de laitue ans votre bouche. C’est souvent insatisfaisant : trop ou pas assez d’assaisonnement. En réalité, vous craignez qu’un bout de laitue reste coincé entre vos dents, et ça vous empêche de sourire d’une oreille à l’autre entre chaque bouchée. En général, manger de la salade est une activité ennuyeuse et ordinaire.

Quand votre salade n’arrête pas de faire des plaisanteries:

Collection of stock photos showing women laughing while they eat a salad

Mais manger de la salade est une activité de femme, et comme telle, elle doit être accomplie de façon à raconter une histoire particulière qui a une fonction quand on l’observe et la documente.

La théorie féministe végane nous dit que la nourriture -ce que nous mangeons et comment nous le mangeons- est fermement enracinée dans des normes de genre. La consommation de légumes (avec la salade comme omniprésent cliché) est un comportement hautement féminisé. Les codes publicitaires genrés montrent aussi de façon régulière une hyper émotivité chez les femmes. D’où découle qu’elles y sont portraiturées avec des réponses émotionnelles extrêmes et inappropriées. Ces représentations ajoutent l’émotivité, l’infantilité et l’immaturité, à l’habituelle compréhension culturelle de la féminité. Ces images renforcent le statut de subordination des femmes. Apparier des femmes hyper-émotives avec des nourritures hyper-féminisées compose une parfaite iconographie sexiste.

Man about to eat a forkfull of salad, smiles softly to camera

Bien sûr, on m’a opposé l’inévitable argument “les hommes aussi”. Vrai, on nous montre des hommes s’excitant légèrement avec des salades, mais soyons honnêtes, ils sont moins fréquemment dépeints riant la tête rejetée en arrière, en sous-vêtements ou enceint.es ! La frivolité genrée de la consommation de salades est terriblement une affaire de femmes.

Woman laying on bed in white underwear eating a salad

Quand on nous montrera des hommes -scénario improbable- mangeant une salade, prostrés dans un lit, en string blanc, alors, OK, on en reparle.

 


Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.

Privilège masculin, Déraillements de la Discussion et la Politique de la Politesse

Translation by Christophe Hendrickx. See more French translations of critical vegan essays by grassroots activists by visiting his blog, La Pilule Rouge. The original English version of this essay can be found by clicking here.

dawson-leery-is-crying-male-tears

J’ai eu une conversation hier avec un collègue qui soutient la violence et les réformes de bien-être dans la lutte pour les droits des Animaux Non-humains. En tant qu’abolitionniste, je rejette ces tactiques, étant non seulement bancales idéologiquement mais contreproductives. Les débats violence/non-violence et abolition/bien-être ont une longue histoire derrière eux dans le mouvement, et les débats sur leur efficacité n’en finissent pas. De par ma spécialisation dans la théorie du mouvement social développée durant ma vie universitaire, j’ai un avis plutôt forgé sur ce genre de sujets. Mon collègue, cependant, n’est pas universitaire et n’est pas versé dans la science des mouvements sociaux, basant sa position sur le discours dominant (dirigé par les hommes) du mouvement. Au fil de la discussion et vu que je maintenais fermement ma position sur le sujet, mon collègue a fait remarquer qu’il ne pensait plus pouvoir me parler sans être au final accusé de sexisme. C’était peut-être parce que j’utilisais le langage du privilège pour discuter de la domination des organisations welfaristes dans le mouvement, ou peut-être parce que j’ai fait remarquer que les tactiques violentes sont patriarcales et tendent à attirer les hommes. Peu importe la raison, on me pointait du doigt pour avoir communiqué ma position dans le cadre de l’inégalité. Je ne l’ai certainement jamais accusé de sexisme. Cependant, il m’est vite venu à l’esprit que mon collègue n’avait pas formulé cette affirmation suite à une véritable exaspération, mais plutôt comme outil de manipulation visant à faire dérailler la discussion et rétablir la suprématie masculine.

Les hommes tendent à être socialisés à s’attendre à dominer le débat. Ils sont socialisés à croire qu’ils ont raison, que leur opinion importe, et que cette opinion est la plus importante. Ce n’est pas basé sur l’expérience ou sur la connaissance, mais plutôt sur leur statut social privilégié en tant qu’homme. Les femmes, à l’inverse, sont socialisées selon la politique de la politesse. On nous apprend à donner plus d’espace de parole aux hommes, à estimer leurs opinions peu importe leur ridicule ou leur offense, pour apaiser leurs égos, etc.. Des décennies de recherches sociologiques sur la discussion, le langage, et l’espace social concernant les interactions mixtes ont confirmé que les hommes parlent plus, ils occupent plus d’espace, ils dictent la discussion, et leurs opinions sont vues comme plus crédibles et légitimes. Les femmes, au contraire, parlent moins, soutiennent plus, et occupent moins d’espace. Leurs opinions sont également extrêmement dévaluées.

Lorsque les homes se plaignent de ne pas pouvoir dire quoi que ce soit sans être accusés de sexisme, voici ce qu’ils disent réellement :

1. Je suis habitué à avoir le contrôle de la conversation, votre conscience de la politique sexuelle rend cela difficile pour moi d’adopter ce privilège invisible en douceur.

2. Je suis habitué à pouvoir parler de n’importe quel sujet sans qu’on remette en question mon autorité, la possibilité qu’on m’accuse de sexisme interfère avec mon autorité.

3. J’utilise la politique de la politesse pour vous confondre à donner priorité à mes sentiments et intérêts.

4. La théorie féministe est une charade. Le sexisme n’est pas réel, vous utilisez juste cette rhétorique pour gagner le débat.

Cette tactique est une variante de la “tone-policing” (ndt : littéralement “police du ton” : se concentrer sur la manière dont on dit quelque chose, peu importe qu’elle soit vraie ou non). Plutôt que se concentrer sur l’argument développé, un déraillement est créé en invoquant l’égo masculin meurtri, le caractère de la femme, et l’authenticité du féminisme. Les femmes sont détournées d’un sujet sur lequel elles peuvent exprimer leur propre autorité lorsque les hommes exploitent la féminité et font pression sur les femmes pour qu’elles montrent du respect à la structure sociale patriarcale. La validité de mon argument se trouve mise sur le côté, je dois d’abord m’occuper de ses sentiments. Ne pas s’occuper d’abord des sentiments des hommes est un pêché capital dans le patriarcat. Être une femme avec une opinion éclairée semble également être une grande offense.

Enfin, il est extrêmement important de reconnaître que lorsque nous individualisons l’oppression, nous obscurcissons sa nature systémique. Si nous ne pouvons pas débattre d’oppression systémique parce que les gens de privilège donnent priorité à leur inconfort pour ce qui semble être une attaque personnelle, nous ne pourrons pas avoir les discussions importantes nécessaires pour créer une société égalitaire. En faire une question personnelle (“Hey, je ne suis pas sexiste !”; “Hey, tu dis que je suis un raciste ?!”) fait sérieusement dérailler la conversation. Au lieu de remettre en question l’oppression culturelle, les militantes se voient amenées à s’occuper des sentiments de personnes de privilège qui sont habituées à être à l’abri de l’inconfort. Cela devient extrêmement pénible pour les personnes oppressées de devoir se plier en permanence aux sentiments des personnes privilégiées. Faire cela redirige l’attention des oppressés vers les oppresseurs. Cela ferme également le dialogue, interfère avec la pensée critique, et entrave le travail de justice sociale.

 


Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.

Conseils pour Alliés Masculins

Translation by Christophe Hendrickx. See more French translations of critical vegan essays by grassroots activists by visiting his blog, La Pilule Rouge. The original English version of this essay can be found by clicking here.

Il ne fait aucun doute, le mouvement pour les droits des animaux non-humains a été compromis par le sexisme et manipulé par le patriarcat. Ce n’est dorénavant plus juste PETA qui mène la danse : c’est un nombre incalculable d’autres organisations (comme Fish Love), de compagnies (comme LUSH), et de pornographes (comme Vegan Pinup). Qui plus est, cela s’est propagé aux interactions individuelles comme le montre la normalité croissante d’activistes masculins tentant de contrôler, manipuler, menacer, ou harceler les militantes féminines.

Beaucoup de féministes insistent sur le fait que les hommes ne peuvent pas être des féministes (et l’Organisation Nationale des Hommes contre le Sexisme est d’accord). Être féministe, c’est être une femme auto-identifiée se battant pour l’égalité féminine. Être une féministe demande une expérience directe de l’oppression de genre, car c’est cette expérience unique en tant que membre du groupe visé qui informera l’activisme. Les hommes qui s’offusquent de cette définition et qui demandent à être inclus ne font que mettre en évidence l’ubiquité du privilège masculin. Lorsque les hommes réaffirment ce droit, ils démontrent leur besoin d’être aux commandes et ils démontrent le patriarcat. Bien que les hommes ne pourront jamais entièrement se soustraire eux-mêmes des privilèges de leur genre, les hommes peuvent tout à fait être des alliés.

Et nous avons grandement besoin d’alliés dans le mouvement des droits des animaux non-humains. Ce qui est peut-être le plus à blâmer pour le sexisme et la misogynie rampante dans notre mouvement (au-delà de la nature oppressante du patriarcat) est la complaisance. Il est temps de déplacer la responsabilité sur les membres masculins de notre communauté.

  1. Ne Soyez Jamais Complaisants

Si vous êtes témoin d’une femme se faisant brimée, harcelée ou intimidée… exprimez-vous. Si vous restez silencieux, si vous « restez neutre », ou si vous prenez la défense de l’agresseur (ce que j’identifie comme « mentalité de la bande de mecs »), vous êtes tout aussi coupable de sexisme et d’oppression que l’agresseur.

  1. Demandez une Représentation Égale

Si vous participez à un projet qui est principalement mené par des hommes (ce qui est suspect considérant que notre mouvement est composé à 80% de femmes), demandez à savoir où sont les femmes et refusez de participer avant qu’elles soient incluses. Ce problème est également présent dans le mouvement athée/sceptique, et les féministes et leurs alliés ont très bien réussi à faire pression sur les organisateurs d’évènements pour améliorer les proportions de genre.

  1. N’utilisez Jamais la Carte du “Sexisme Inversé”

Les femmes, qui sont un groupe oppressé vivant sous un patriarcat qui privilégie les hommes, ne peuvent pas, de par la nature même de leur statut social, exercer de sexisme envers les hommes. Dire d’une femme qu’elle est sexiste (ou, pire, « misandre ») vise à rediriger l’attention du problème des hommes, un groupe privilégié qui n’est jamais remis en question, vers les femmes. C’est une tactique visant à détourner l’attention de l’oppresseur vers l’oppressée. C’est une tactique visant à réduire au silence.

  1. Ne Mansplainez (Mecspliquez) Pas.

Le fait est que, malgré la sagesse infinie et la formation approfondie que pourraient avoir certains hommes, les hommes ne connaissent malgré tout pas mieux les problèmes des femmes que les femmes elles-mêmes. Le mansplainingsemble avoir frappé notre communauté. Beaucoup d’hommes insistent pour tout expliquer aux femmes, du féminisme au viol, avec l’intention de dominer la conversation ou de remporter le débat. Les expériences personnelles des femmes sont complètement écartées et dévalorisées, quand bien-même ces femmes ont les qualifications irréfutables les appuyant. Le mansplaining n’aide pas, c’est oppressif et irrespectueux.

  1. N’Harcelez pas les Femmes

Bien que cela puisse paraître évident, le harcèlement dans notre mouvement est un véritable problème. A travers des interviews réalisées avec des militantes, Emily Gaarder, dans son ouvrage de 2011 Women and the Animal Rights Movement, a constaté que le problème était plutôt répandu. J’ai moi-même été victimisée par plusieurs hommes vegans qui m’ont harcelée au point de devoir presque appeler la police.

  1. Écoutez

La majorité des hommes ne savent pas ce qu’est être une femme, n’ayant jamais fait l’expérience d’en être une. Tout comme les personnes de couleur blanche ne peuvent jamais totalement comprendre ce qu’est être une personne de couleur, unhomme cis ne peut jamais totalement comprendre ce qu’est être une femme. On considère généralement comme condescendant et peu utile qu’une personne blanche prétende avoir toutes les réponses sur les difficultés que rencontrent les personnes de couleur. Je soutiens que la même chose s’applique aux hommes qui pensent pouvoir comprendre ce qu’est l’expérience féminine et qui se sentent également dans leur droit de privilégié de définir ou de valider le sexisme. Au lieu d’insister, « Ce n’est pas sexiste » ou « Tu exagères », essayez d’écouter. Tentez de comprendre d’où viennent les femmes, les problèmes auxquels elles doivent faire face, et les solutions qu’elles recherchent. De même, rappelez-vous de leur faire de la place. N’essayez pas de dominer la discussion et donnez de l’espace aux femmes pour qu’elles participent sans être noyées par votre voix.

  1. Ne Gaslightez pas

Le Gaslighting est un outil efficace de contrôle masculin, se manifestant généralement dans des cas de violence conjugale ou de violence psychologique. Le Gaslighting est une tactique visant à faire douter une femme sur sa réalité et ses expériences. Si une femme déclare avoir fait l’objet de sexisme, et que vous lui dites qu’elle en fait toute une affaire pour rien ou qu’elle « exagère », c’est du Gaslighting. Faire en sorte qu’une femme se sente « folle » ou qu’elle apparaisse comme tel aux yeux des autres est un moyen de l’affaiblir et de la contrôler.

  1. Surveillez Votre Langage

Il y a des centaines de termes féminins péjoratifs (et seulement quelques masculins) qui utilisent l’identité féminine comme une insulte. Ils visent à affaiblir. Par exemple, l’association « Defending Pitbulls against Peta » appelle la présidente de PETA Ingrid Newkirk une « vilaine sorcière » et Nathan Winograd insinue qu’elle est une malade mentale. Ces deux exemples ne sont que la continuité d’une longue histoire de femmes ayant été ostracisées, institutionnalisées, et même tuées pour avoir été des « sorcières » ou « folles ». La langue française est vaste et contient plus de mots que la personne lambda n’en utilisera, donc il n’y a vraiment aucune excuse pour utiliser des péjoratifs genrés à moins que l’intention est de s’appuyer sur le sexisme pour renforcer votre argument.

  1. Soyez Critiques envers la Violence

Dans son livre de 2006, Capers in the Churchyard : Animal Rights Advocacy in the Age of Terror, Lee Hall avance que les tactiques violentes sont indubitablement associées à l’expression masculine du pouvoir, de la bravade et de la domination. J’ajouterais que ces approches sont en grande partie anti-féministes. La violence privilégie l’expérience masculine et le contrôle masculin, et, en même temps, rabaisse la féminité et vise à effrayer. Dans un discours présenté lors d’une conférence de 2012 en Italie, « La Paralysie du Pacifisme : En Défense de l’Action Militante Directe et de la « Violence » pour la Libération Animale », l’orateur crie littéralement sur une salle pleine de jeunes militantes, les accusant de pacifisme et insistant pour qu’elles abandonnent la non-violence.

  1. Soyez Critiques de l’Exploitation Sexuelle

Si vous êtes témoin d’une situation dans laquelle des femmes sont encouragées à se dévêtir pour « la cause »… faites entendre votre voix. Le corps des femmes ne devrait regarder personne, mais nous ne pouvons également pas ignorer la réalité d’un mouvement qui, couramment, exploite et objectifie sexuellement les femmes. L’oppression des animaux non-humains ne peut être démantelée via l’oppression des femmes. Faites entendre votre voix, laissez un commentaire, envoyez un email, ou tenez un blog sur le sujet. Ne laissez pas s’étendre l’exploitation sexuelle sans broncher.

 

Prière de reconnaître que ces requêtes ne sont pas une attaque envers les hommes. Ce n’est rien d’autre qu’une tentative honnête de créer un espace sûr pour les femmes dans un mouvement qui devient de plus en plus dangereux et humiliant. Nous devons faire face à l’inégalité là où elle survient. Nous sommes de plus en plus conscients de la manière dont nous traitons les autres groupes à risque, et pourtant nous ignorons si souvent le sort des femmes. Pire encore, ces femmes qui trouvent le courage de prendre la parole sont accusées d’en faire tout un foin. C’est représentatif de l’enracinement du sexisme et de la misogynie. Lorsqu’un mouvement composé à 80% de femmes ne peut se libérer des chaînes de l’oppression féminine, nous devrions être sérieusement préoccupé·es. Mais la charge du travail ne devrait pas reposer entièrement sur les femmes, les hommes doivent également prendre leur responsabilité et s’efforcer d’être des alliés féministes vegans pour le bénéfice de tous et de toutes, hommes, femmes, humains, ou non-humains.

 

Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.

Demande-t-on le Respect et la Justice ? Ou juste des chamailleries ?

Content Warning:  Discute de pornographie et de sexisme
Not Safe for Work:  Contient du langage grossier et des sujets explicitement sexuels

Translation by Christophe Hendrickx. See more French translations of critical vegan essays by grassroots activists by visiting his blog, La Pilule Rouge. The original English version of this essay can be found by clicking here.

 

By Corey Lee Wrenn, M.S., A.B.D. Ph.D.

PETA a posté sur Vegan Feminist Network aujourd’hui en réponse à mon article qui déconstruit leur campagne « Veggie Love Casting » . La campagne dépeint des jeunes femmes en bikinis et hauts talons effectuant du sexe oral et autres actes sexuels sur des légumes « pour les animaux ». Le communiqué est reproduit ci-dessous. J’ai mis en évidence les passages problématiques et les analyserait plus bas.

Les femmes intelligentes et sensibles qui ont participé dans ce clip ont choisi de le faire car elles soutenaient l’idée et voulaient agir pour aider les animaux. PETA les admire pour cela et ne leur dirait jamais qu’elles doivent se comporter d’une certaine manière afin d’avoir l’approbation de quelqu’un d’autre. PETA applaudit tout ce que les gens font pour aider les animaux et tente de montrer quelque chose qui plaise à tout le monde.

Tout le monde n’approuve pas les tactiques de PETA – et on peut choisir de ne pas montrer nos vidéos si c’est le cas – mais nous serons certainement tous d’accord pour dire qu’il est plus efficace de concentrer notre temps et notre énergie sur les abuseurs d’animaux plutôt que de nous chamailler.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les autres campagnes de PETA, ou visionner nos publicités comprenant des hommes, vous pouvez visiter le site www.PETA.org. Merci encore pour tout ce que vous faites pour promouvoir le véganisme et pour faire de ce monde un meilleur endroit pour les animaux. 

A white woman deep-throating a cucumber.

Une image de la campagne.

PETA déclare ne pas avoir dit aux femmes d’agir de cette manière, mais c’est une justification malhonnête. De toute évidence, PETA a mis au point la campagne et a engagé les participantes. Ce n’était pas un mouvement populaire spontané pour la promotion du sexe avec des légumes pour les animaux non-humains. En parlant de cela, est-ce qu’avoir une relation sexuelle avec des concombres ce que sont supposées faire les femmes si elles veulent aider les animaux ?

D’une certaine manière, PETA a raison de dire qu’on ne « dit » pas aux femmes d’agir de cette manière. C’est parce que PETA normalise le militantisme sexiste comme militantisme adapté aux femmes. Les militantes s’engagent de plus en plus dans le mouvement pour les droits des animaux avec la connaissance de ce qu’on attend d’elles (Gail Dines désigne ce phénomène de socialisation comme « prête au porno »). Les campagnes pornifiées sont aujourd’hui normalisées dans l’imaginaire politique du mouvement. Elles sont considérées pour acquises comme étant utiles, malgré la recherche psychologique sociale démontrant que ce n’est non seulement pas efficace, mais également contre-productif.

Les tropes incorporées dans la réponse de PETA visent à protéger cette normalité et méritent donc qu’on s’y penche.

1. Choix

Le “Choix” est un concept qui fonctionne généralement pour détourner l’attention sur le problème de l’inégalité structurelle et qui place la responsabilité sur l’individu·e. Il masque les privilèges et renforces l’oppression.

Les femmes « choisissent » de travailler dans le porno car une société patriarcale leur offre des options extrêmement limitées. Les femmes font ce « choix » car elles grandissent dans une société qui leur inculque que leur valeur est liée à leur attractivité sexuelle et leur disponibilité sexuelle (au contraire des hommes à qui on enseigne qu’ils peuvent réussir grâce à leur force, leur leadership, leur intelligence, leur esprit, etc.).

The Girls Gone Wild tour bus. Depicts two blonde white women, reads "Do you have what it takes?"

La plupart des actrices porno proviennent de milieux défavorisés et/ou de foyers violents et ont des carrières extrêmement courtes (environ 3 ans, une durée qui a fortement diminuée). La grande majorité des actrices porno gagnent très peu d’argent. Nous parlons ici de quelques centaines d’euros pour chaque film, avec une proposition de film toutes les quelques semaines environ. Une fois qu’elles ont « tout fait », elles sont usées, et n’ont plus d’utilité pour l’industrie. Ça vous dit quelque chose ? C’est exactement la manière dont les humains traitent les poules pondeuses et les vaches laitières : comme des ressources sexuelles périssables. Les femmes continuent à consentir d’effectuer des actes sexuels de plus en plus dégradants, douloureux, ou dangereux afin de rester dans la course le plus longtemps possible. L’industrie expose les femmes à ces conditions de travail précaires et dangereuses sans aucune sécurité garantie. Si c’est là le « choix » qu’ont les femmes, il y a quelque chose qui cloche réellement avec notre système de travail.

Je ne blâme pas ces actrices (militantes?) qui travaillent pour PETA. Elles font juste leur travail, et essayent de gagner leur vie. Certaines se sont peut-être même amusées et ont aimé participer. Au lieu de cela, je blâme le patriarcat qui élève les femmes comme ressources pour les hommes. Je blâme un mouvement social qui est supposé être basé sur la paix mais qui à la place exploite les vulnérabilités des femmes pour la levée de fonds. Sous le patriarcat, les règles du jeu penchent en faveur des hommes au détriment des femmes (et des autres populations vulnérables, dont les animaux non-humains). Toutes les femmes sont des produits d’un patriarcat qui les incite à croire : « Votre valeur sociale = Votre disponibilité sexuelle ».

Le “choix” s’appuie sur un ensemble très restreint d’options définies pour les femmes par le patriarcat. Si nous voulons avoir une discussion sérieuse sur le « choix », je suggère que nous obtenions une réponse claire de PETA quant à leur choix intentionnel de femmes pour la levée de fonds et l’attention des médias, et la raison pour laquelle des femmes sont placées disproportionnellement dans des scénarios dégradants, souvent (même si pas dans ce cas-ci) en simulant la souffrance et la mort horrible d’animaux non-humains. Comme dans toute pornographie, les campagnes de PETA sexualisent l’humiliation et la violence envers les femmes.

2. Viser un large public

Les personnes susceptibles d’être attirées par la pornographie ne seront probablement pas intéressées de s’investir sérieusement dans la justice sociale. La pornographie consolide l’oppression et renforce la notion que certaines personnes sont des objets de ressources pour d’autres, plus privilégiées. C’est loin d’être le genre de structure qu’on est en droit d’attendre pour remettre en cause le spécisme. Pour rappel, la recherche démontre que les campagnes de PETA repoussent en réalité les téléspectateurs qui peuvent aisément reconnaître que les femmes sont rabaissées.

3. Critique de la culture du viol comme de la « Chamaillerie »

Une femme sur 3 sera violée, battue, ou abusée d’une certaine manière une fois au cours de sa vie. Cette violence est fortement liée aux médias misogynes, et PETA non seulement crée mais promeut les médias misogynes. Décrire la critique féministe de cette violence systémique comme étant de la chamaillerie est insultant et banalisant. Faire front contre la violence que j’endure, contre la violence que des millions de femmes endurent, n’est pas de la chamaillerie, c’est de la justice sociale en action.

4. Hommes contre Femmes

Nous ne vivons pas dans une société post-genre/post-féministe. Les corps des hommes et des femmes ne sont pas vus ou traités de manière égale. On ne peut pas simplement déclarer : « Nous utilisons aussi des hommes ! ». Ca ne compensera pas la misogynie utilisée dans la majorité des actions de PETA. 96% de l’objectification sexuelle présente dans les médias inclut des femmes. Les femmes sont également bien plus susceptibles d’être victimes de viol, d’abus sexuels et de violence conjugale. Il est injuste de balayer les représentations sexistes des femmes juste parce que le corps d’un homme est utilisé de temps à autre.

Cet argument est particulièrement absurde dans le cas de PETA. Les publicités de PETA mettant en scène des hommes représentent dans l’ensemble des hommes qui sont aux commandes de leur espace social, et leur pouvoir ainsi que leur statut sont renforcés. Certaines de leurs affiches représentent des hommes ridicules. A nouveau, il n’y a aucun sexisme sérieux en jeu. Nous trouvons ces affiches idiotes car les hommes sont rarement objectifiés sexuellement et représentés dans une position soumise. Les hommes ne sont pas affichés dans des positions sexuelles soumises ou comme victimes de violence, seules les femmes le sont.

Prenez par exemple cette image d’un acteur de Bollywood militant pour PETA. Remarquez le regard confiant face à l’objectif, son pouvoir sur la situation, et sa capacité de contrôle l’espace autour de lui et de créer du changement. Remarquez cette posture qui affiche la confiance.

Indian Bollywood actor freeing birds. He is shown giving direct eye contact to the camera and displaying his power and strength.

En revanche, examinez cette affiche typique de PETA représentant une femme nue. Elle est montrée dans une position soumise, vulnérable, pas sur ses pieds, à la merci du téléspectateur. Ses yeux ne font pas directement face à l’objectif, mais le regarde au contraire par le bas. Elle caresse doucement le lapin; il n’y a pas de contrôle sur son espace. Ses fesses sont relevées pour suggérer la disponibilité sexuelle.

Reads "I'd rather show my buns than wear fur." Shows a naked white woman prostrate on the ground touching a rabbit.

L’argument que le sexisme n’existe pas dans les campagnes de PETA car des hommes nus sont aussi utilisés de temps en temps est un leurre.

Nous ne pouvons pas mettre fin à l’objectification des animaux non-humains par l’objectification des femmes. Nous ne pouvons pas mettre fin à la violence envers les animaux non-humains par la violence envers les femmes. Il est temps de décoloniser le schema militant.

Les informations fournies sur l’industrie de la pornographie dans cet essai sont tirées du documentaire, The Price of Pleasure.

 

Corey Lee WrennMs. Wrenn is the founder of Vegan Feminist Network and also operates The Academic Abolitionist Vegan. She is an instructor of Sociology and graduate student at Colorado State University, council member with the Animals & Society Section of the American Sociological Association, and an advisory board member with the International Network for Social Studies on Vegetarianism and Veganism with the University of Vienna. In 2015, she was awarded Exemplary Diversity Scholar by the University of Michigan’s National Center for Institutional Diversity. She is the author of A Rational Approach to Animal Rights: Extensions in Abolitionist Theory.